Avant-propos

Ce blog est créé à la rentrée scolaire 2006 pour suivre les sujets suivants:
# Bibliothèque numérique européenne (BNUE), et bibliothèques numériques en général.
# Edition et revues scientifiques.
# Culture scientifique.

Alexandre Moatti
 
Secrétaire général du comité de pilotage BNUE août 2005- août 2006
 



Dimanche 19 octobre 2014 7 19 /10 /Oct /2014 18:17

Comme j'en ai fait part à la liste de diffusion universitaire francophone DH (Digital Humanities), la publication du rapport CNNum (Conseil national du numérique), avec sa proposition d'un baccalauréat « Humanités numériques » (HN) est intéressante : elle oblige à s'interroger sur l’acception de ce terme — en existe-t-il une compréhension commune ?

 

J'avoue avoir une idée assez élitiste des "Humanités numériques". Il s’agissait à partir de 2004-2005, de projets de  haut niveau, exigeants : je pense par exemple à Nietzsche on line (ENS, P. D’Iorio), Ampère (CNRS, C. Blondel / S. Pouyllau), Darwin, Newton ou Galilée en ligne, les manuscrits de Flaubert (Univ. de Rouen), Architecture 3D (Michel Florenzano), parmi d'autres. Quant à moi, j’avais mis en ligne (avec l’appui de Stéphane Pouyllau) quelques manuscrits Gay-Lussac / Monge (lien), puis créé en 2008 BibNum, bibliothèque numérique d'histoire des sciences, concept un peu différent (plus proche d’une revue), mais qu’on peut rattacher aux DH. On pourrait, d’ores et déjà, faire une historiographie des projets #DH depuis 10 ans — peut-être est-ce en cours ?

 

À partir de là, deux tendances se sont dégagées (je schématise) : ceux qui pensent que les DH sont d’abord et avant tout une pratique,un outil, à intégrer aux champs disciplinaires universitaires (qu’ils soient littéraires, ou plus liés à l’histoire des sciences, voire aux sciences exactes); ceux qui pensent que ce doit être une théorie, une discipline — avec les chaires, budgets et programmes de recherche correspondants. Je me rattache à la première tendance (j’avais raillé sur Twitter : “les humanités numériques, en faire, toujours — n’en parler, que rarement”), qui n’est pas moins “noble” que la deuxième. Je ne porte pas de critique sur la deuxième et conçois très bien que les deux puissent coexister, même si la seconde, plus visible, a pris le dessus.

 

En tout état de cause, existe entre ces deux tendances un socle commun de compréhension : chaque projet est construit autour d’un substrat — textes (antiques, classiques, scientifiques, autres), monuments, l’histoire d’une ville (Venise), etc. Ce rattachement, en priorité aux textes, est au fondement de la notion d’humanisme (au sens de la Renaissance), donc d’humanisme numérique – sens que développe d’ailleurs assez peu Milad Doueihi dans son Pour un Humanisme numérique (Seuil 2011). Au passage, une deuxième piste de travail pourrait être le lien entre les emplois de la locution “humanisme numérique” et de la locution “humanités numériques”.

 

Il me semble qu’on assiste là, avec le mastère HN SciencesPo, ou le bac HN proposé par le CNNum, à un changement de nature de la notion d’humanités numériques. Elle devient certes très englobante, mais surtout elle perd son substrat, çàd tout lien avec les textes et leur édition savante.

 

Je ne porte pas de critique à ce propos, mais j’essaie de me faire une opinion, en m’appuyant sur divers éléments d’appréciation, que je partage ici en vrac :

  1. 1. la remontée vers l’amont (de l’édition savante ou du programme de recherche jusqu’au mastère SciencesPo puis à l’idée de bac HN) découle implicitement de la vision HN comme discipline.

  2. 2. le mastère ScPo “Humanités numériques” est un Executive Master, çàd de formation professionnelle pour les salariés d’entreprises (je n’ai pas trouvé sur le site combien coûtait l’inscription à ce mastère, à mon avis au-delà de 20 000€). Il est important de noter, aussi, que le directeur de ce mastère est B. Thieulin, par ailleurs président  du CNNum et chef d’entreprise – je ne porte pas de jugement, mais c’est un élément d’appréciation à avoir en tête. 

  3. 3. une critique acérée du rapport CNNum — notamment sur la méthodologie — émane de Michel Guillou (blog). Ce billet mérite d’être lu, qui qualifie l’idée de Bac HN de “nocive autant qu’irréaliste”. On peut penser, comme lui, que la compétence en matière “informatique” (cf. le débat sur le codage à l’école), ou “numérique” (ce nouveau débat lancé par le CNNum sur un bac HN), doit plutôt imprégner chacune des disciplines, que faire l’objet d’un nouvel enseignement ou d’une nouvelle filière. En ce sens, ce débat sur les HN au lycée recoupe celui, assez virulent en ce moment, portant sur l’enseignement éventuel du codage à l’école. Il recoupe aussi le débat évoqué plus haut (HN : pratique ou discipline ?).

  4. 4. Sur l’aspect “irréaliste” (Guillou), on peut extraire une phrase du rapport CNNum lui-même, en toute fin de sa partie consacrée aux HN : (p. 53) "L’introduction d’un tel bac ne s’impose peut-être pas comme peuvent s’imposer d’autres réformes du système éducatif". Mais je n’irai pas plus loin dans cette discussion EdNat qui dépasse largement mon sujet. L’idée proposée par O. Le Deuff (son blog, 2013) (un bac HN fondé sur une étude critique de textes littéraires dans le secondaire — je résume rapidement) est séduisante mais paraît utopique (susceptible de concerner un très faible % d’enseignants); mais, même si cette idée fait un lien entre enseignements secondaire et supérieur sur la base d'une acception HN comme lien aux textes, ce n’est pas ce que le CNNum envisage, à aucun moment dans son rapport.


H2S.jpg

H2S : sulfure d'hydrogène, ou « Humanités et sciences sociales » (département de l'Ecole polytechnique qui porte encore ce nom – un des derniers emplois que je connaisse du terme humanités dans son acception première) [image WikiCommons, auteur Leyo]


Pourtant... Je dois avouer que les considérants de l’idée de bac HN par le CNNum sont à prendre en considération, notamment : (p. 50) “Ce bac sera parfaitement accessible aux littéraires et adoucira la coupure du lycée entre littéraires et matheux, en démontrant que l’on peut réussir dans les techniques et services numériques sans être nécessairement fort en maths.” Il est vrai que l’hyper-sélection par les maths (c’en est un pur produit qui écris ici) doit être ‘interrogée’. Si cette idée-oxymore d’humanités numériques (Berra 2011) peut y contribuer, elle mérite d’être considérée. Il faut là aussi prendre en compte un aspect linguistique : les HN (en français dans le texte) nous viennent des DH (anglais) — et le concept d’humanities a conservé toute sa vigueur en anglais (voir par exemple la page Wikipedia {{en }}), alors que ce n’est plus le cas en français (je peine à dater les derniers emplois de la locution '”faire ses humanités” | tous commentaires bienvenus). En Grande-Bretagne, elle est importante aussi dans le secondaire, où être formé par les humanities(à la suite ou non d’une... grammar school) conserve toute son importance. Cet emploi du terme HN nous revient ainsi de l’anglais vers le français, via le CNNum, comme une possibilité de mettre en valeur en France une formation par les humanités, permettant de contre-balancer l’hyper-sélection française par les mathématiques.

 

Je mélange là les aspects sémantiques (linguistiques) et de fond. Mais dans ces sujets-là, ils sont à mon sens très liés (cf. Moatti 2012, “Le numérique, adjectif substantivé”, Le Débat ; voir aussi Guichard, p.ex. 2014) ; à cet égard, une troisième piste de travail pourrait être de s’intéresser à l’histoire de ces allers-retours humanités/humanitiesentre langues française et anglaise– je suis preneur de toutes références (comme Berra 2011 déjà cité).

 

Pour conclure, j’analyse donc le terme HN comme fondé : dans le supérieur, sur un indispensable substrat, et sur une édition critique ; et dans le secondaire, tel que proposé par le CNNum, comme un ballon d’essai (une philosophie ?) pour réhabiliter des formations moins scientifiques. Le terme HN en vient donc à recouvrir deux aspects très différents,  et à mon sens tout aussi importants — débat à suivre.

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Bibliothèque numérique
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Mercredi 2 juillet 2014 3 02 /07 /Juil /2014 19:49

Relisons, les classiques. Après Chateaubriand, Stendhal (qui n'aimait pas beaucoup le vicomte, semble-t-il). En 1825 (in Courrier Anglais), il crée son propre mot : le puff, puffer. Parmi les quelques occurrences Gallica :

Puffer-1.png

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Puffer-2.png

 

Henri Martineau (1882-1958), le maître stendhalien, nous donne l'explication de ce mot chez Stendhal dans une édition (Le Divan 1933) des Mélanges de Littérature, avec des exemples chez d'autres écrivains : « Vanter à toute outrance et prôner sur Internet dans les journaux avec effronterie. »


Martinon.png

 

Ne ferions-nous que retrouver des phonèmes antérieurs ? L'analogie sémantique entre puff et buzz est criante – et par ailleurs puff vient aussi de l'anglais, comme quasi tous nos termes Internet actuels !

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Relire les classiques
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Samedi 22 mars 2014 6 22 /03 /Mars /2014 15:35

I do like my Kindle. I like to read on my Kindle: e-books, PDF documents that I would not read on my computer, oldies but goodies SF books (H.G. Wells, Poe, Jules Verne,…). Also: when I am reading on my Kindle, I am not connected to the Internet – in that sense, it is like reading a book, I am in a quiet universe, without zapping, etc.

 

But. There is a ‘but’.

 

Why should the reading quality be worse than in the paperbook? Are we condemned to junk reading? Let me give you some examples (taken in L'Âge de la multitude, N. Colin & H. Verdier, Armand Colin 2012) .

 

First point. I do not know when a quote starts: there are no distinct characters, nor italics, just a very small margin which is hardly visible.

ImageCitations

All the text in the red square is a quote. The blue line indicates the very small margin (2 mm) between the quote alignment and the normal text alignment. You cannot distinguish these two alignments.  The only possibilities I have to understand that it is a quote are 1/ the context (but I would prefer to see a real quote, for easy reading), 2/ the footnote reference number at the end of the 'quote'.   If some authors do not document their quotes, there will be no footnote number... 

 

By the way, my second point is about the footnote references (anchors in the text). As you can see on the figure above (number 37), or the one below (red circles), the reference is in the core text, and not above as it is usual in a document.
ImageNbdP.JPG

 

Third point. As it is written here{{fr}}, « Veuillez noter que tous les livres Kindle ne possèdent pas la numérotation des pages (Please note that all the Kindle books do not have page numbers).» How can we quote part of the text in an article? I recently had to mention a quote of this book, and instead of a page number, had to indicate: “Emplacement Kindle 1260 sur 5130”!

 

The first two points are really a discomfort and represent a minor quality of reading – I would say a poor quality of reading.

 

I mentioned them to Amazon people at their booth during the Salon du Livre Paris 2014: they listened carefully, but told me that they were binded by standards. I am doubtful about this explanation.

 

I would be happy if some readers of my blog are able to share similar experience, or give me some URLs where this kind of problems are mentioned (also please they can correct my English, as it is my first post in English). 

 

 

PS : this post does not regard the quality of the concerned book, which is an interesting and original book.

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Bibliothèque numérique - Communauté : Edition numérique
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Vendredi 28 février 2014 5 28 /02 /Fév /2014 00:46

[voir ma tribune publiée dans Rue89 le 20 juin 2014, correspondant à ce billet réécrit et mis en forme, moins à chaud ]

 

Tiens, pour une fois je vais essayer de coller à l’actualité (la nomination du PDG de l’INA à la tête de Radio France, annoncée par le CSA). Un élément de cette annonce a retenu mon attention : son programme sur le numérique à Radio-France est ce qui a rallié les suffrages des membres du CSA (source : président du CSA, cité par Le Monde), notamment sa volonté de « faire payer les podcasts, contre le tout-gratuit ». Je me suis penché récemment sur le circuit complexe des émissions radiophoniques (droits, durée de vie, archivage à l’INA, mise en ligne par l’INA), et suis perplexe sur cette idée. Devant coller à l’actualité, je donne mes arguments à l’emporte-pièce, quitte à y revenir, et ce pour ouvrir la discussion.

PodcastsRF

 

1)      Radio-France participe à la mission de diffusion de la connaissance, par la plupart des émissions de France-Culture, et un certain nombre d’émissions de France-Inter (par exemple : La Tête au Carré). Il serait logique que ces émissions, financées par la contribution publique à l’audiovisuel, viennent nourrir l’Internet de la connaissance et puissent être consultables sans limitation de durée.

 

2)      La politique consistant à chercher des recettes sur des postes mineurs (comme faire payer un podcast à l’internaute) me paraît à courte vue, et en contradiction avec la mission de service public. C’est la même politique qu'on pourrait appeler des picaillons qui amène certaines institutions publiques françaises à vouloir valoriser financièrement leur patrimoine iconographique – alors que d’autres institutions (Bundesarchiv, Smithsonian, NASA,…) mettent des images libres de droit sur Internet, qui peuvent par exemple être utilisées sur l’encyclopédie Wikipédia, ce qui améliore sa qualité (voir exemples donnés dans notre article Annales des Mines, mars 2012, avec Rémi Bachelet).

 

3)      Je me mets en alerte face aux politiques publiques où le même bien cognitif est payé plusieurs fois par le contribuable ou par la communauté. Ainsi, le programme FSN (Fonds pour la Société numérique) du Grand Emprunt (argent public) finance des opérations de partenariat public-privé culturel à la française, où des livres patrimoniaux sont numérisés en partie sur fonds publics et pourtant ne sont pas consultables en ligne par tous (ex. accord BnF / ProQuest, 2013, cf. mon article Bulletin des bibliothèques de France, déc. 2013). Ceci pourrait conduire à terme au pire modèle qui soit, celui de l’édition scientifique, où l’argent public est mobilisé trois fois pour le même objet (le chercheur, le relecteur, la bibliothèque universitaire), dans ce cas au bénéfice d’éditeurs privés très rentables. Mais même en restant dans le périmètre public, la logique ‘payer deux fois’ paraît difficilement acceptable : l’argent public paye une émission de radio, et l’internaute devrait en plus payer le podcast ? Le FSN du Grand Emprunt finance les numérisations d’émissions à l’INA, émissions par ailleurs financées en leur temps par l’ancienne ORTF, et l’internaute sur le site de l’INA doit payer 3 euros pour revoir l’émission ? (par exemple : un débat F. Jacob/ C. Lévi-Strauss 1972 sur ‘la pensée sauvage’ – avec en plus des DRM, comme le remarque Ph. Aigrain sur son blog).

JacobÉmission d'archives sur le site de l'INA. À gauche François Jacob (1972). À droite une Ford Fiesta (2014).

 

4)      Concernant l’audiovisuel public (et notamment la radio publique), l’incroyable complexité du circuit mérite que les choses soient mises à plat (par exemple par un rapport ministériel) avant toute décision à la va-vite du type ‘faire payer les podcasts’ : expliciter et faire comprendre clairement à nos concitoyens les modes de financement d’une émission de radio publique : contrats avec les producteurs ou animateurs d’émissions / montants moyens de ces contrats / montant des droits d’auteur liés à la diffusion (p.ex. la SCAM, dans ses règles de répartition des droits 2013 [PDF], mentionne 21,5€/mn pour une émission de Radio-France, ce qui fait environ 1200€/ émission d’1h, abattu d'un certain pourcentage, et qui viennent s’ajouter au contrat de production, ou cachet) / puis paiement au click de téléchargement, et au podcast (conventions Radio-France en cours avec sociétés de droits) ; expliciter et faire comprendre la vie d’une émission après diffusion : écoutable en streaming pendant 1000 j. suite à un accord de fév. 2013 (il serait nécessaire de connaître les montants financiers en jeu)/ puis versée aux « archives » de l’INA, où elle n’est plus écoutable / sauf quand l’INA la met en ligne, bien après. L’ensemble de ce sujet est peu étudié ni évoqué publiquement… à la radio, d’autant qu’il touche le sujet sensible des droits d’auteurs des journalistes et animateurs d’émissions. Un vrai rapport public est indispensable, qui permettrait d’assurer une certaine transparence sur la filière globale : coût et financement des émissions culturelles publiques, et vie post-diffusion.

 

5)      Les institutions et organismes publics sont devenus beaucoup trop puissants face à l’absence de vision et de stratégie de leurs tutelles. Un patron d’institution publique (comme la BnF, ou Radio-France) a tendance à promouvoir sa propre institution, à vouloir accroître ses budgets, sans vision globale d’une filière (ex. la vie des émissions concerne à la fois Radio-France et l’INA) et sans vision affirmée de l'intérêt général. Dans le rapport préconisé en 4), on aurait sans doute des surprises concernant les recettes inter-organismes publics (p.ex. les ‘ressources propres’ de l’INA, qui pour bonne partie viennent en fait de Radio-France ! l’État incite l’INA à accroître ses ‘ressources propres’, sans être réellement attentif à leur provenance… publique). Je ne préconise évidemment pas un retour à l’ORTF, mais une mise à plat et une bonne compréhension de ces circuits inter-organismes.

 

6)      Concernant plus spécifiquement l’INA, j’ai récemment étudié ces ressources propres : à ce sujet le rapport d’activité 2012, dernier en date, est étonnamment peu disert. Il indique sobrement p.13 que « les recettes des éditions online dépassent pour la 1e fois le million d’euros » (pour un budget global de 125 M€). Et encore ces ‘éditions online’ recouvrent-elles plusieurs postes : « les téléchargements, les recettes publicitaires, les partenariats avec YouTube et Dailymotion, les éditions multimédias » (sans autre précision). Si l’on divise le 1M€ de recettes uniformément par ces 4 postes (en l’absence d’informations), on trouve 250 000 euros pour les téléchargements (i.e. quand je paye 3€ pour télécharger l’émission Lévi-Strauss). Je veux bien croire que ce poste est destiné à augmenter, mais il part de bas (cf. point 2 ci-dessus) : 250 k€ sur 125M€, soit 2‰ (2 pour mille) ! Cela fait immanquablement penser à un grand principe de l’action publique, que j’avais remarqué dans l’action d’un ministère : un ministre ne peut jouer qu’à la marge sur son budget. De la même manière, un patron d’organisme public ne peut imprimer sa marque qu’à la marge, et aura tendance à surreprésenter (comme on dit d’un acteur qu’il surjoue) des postes somme toutes mineurs.

 

7)      À propos des recettes ci-dessus, notamment « les partenariats avec YouTube et Dailymotion », je me mets aussi en alerte contre la fascination exercée par Google et ses filiales (Youtube), révélatrice là aussi d’une certaine facilité, et d'un manque de vision. Je le dis d’autant plus facilement qu’on peut avoir sur Google des opinions très différentes, suivant les divers projets. Autant les rodomontades anti-Google de la BnF en 2005 étaient fort criticables (voir le bilan tiré du projet ‘Bibliothèque numérique européenne’, mon article Annales des Mines, novembre 2012), car Google proposait en matière de bibliothèques numériques une solution qui était intéressante, avec une unité et une sobriété éditoriales, autant je serais plus vigilant sur des sites comme YouTube, où le contenu cognitif et culturel est noyé dans un tout autre type de contenus. Je suis étonné que les organismes publics cèdent à ces sirènes, en pensant faire preuve d’ « une conscience aiguë des enjeux du numérique » (président du CSA, op. cit.), et pour des revenus assez marginaux. On trouvera ainsi une dizaine de  ‘chaînes INA’ sur le site commercial YouTube (à droite ici) , ou la chaîne CNRS Images sur Dailymotion (ici). Aurions-nous perdu la conscience de l’action publique au point d'aller ainsi en ordre dispersé (cf. point 5) mettre notre contenu sur des sites commerciaux, alors qu’un portail de l’audiovisuel public aurait toute sa place ? Il existe par exemple Canal-U : même si le graphisme n’en est pas affriolant, c’est un site public avec des contenus de qualité.

YOUTUBE.JPG

La page INA sur Youtube,avec les chaînes INA. Parmi les chaînes similaires suggérées : iamdieudo

 

 

8)      Ceci m’amène à préconiser d’urgence un portail de l’audiovisuel culturel public, à accès gratuit, avec un ensemble de ressources : podcasts Radio-France (sans limitation de durée), archives de l’INA, ressources universitaires et de recherche (comme Canal-U et CNRS Images), podcasts de Canal-Académie (Institut de France), etc. C’est un vrai projet public, le cas échéant avec dédommagement forfaitaire des producteurs (après examen par le rapport en 4 des financements déjà engagés en leur faveur). Quand la bibliothèque numérique Gallica a été imaginée (à partir de 1999), même si elle avait des défauts, elle correspondait à une réelle vision de mise en valeur du patrimoine public ! Et quand Google a numérisé des bibliothèques américaines, ou celle de Lyon, ces bibliothèques ont eu leur propre bibliothèque numérique avec les mêmes fichiers, marquant ainsi une présence publique sur Internet. On peut certes s’amuser à mettre des vidéos du patrimoine culturel public sur YouTube, pourquoi pas. Mais faisons aussi, et surtout, un portail de l’audiovisuel culturel public, avec l’ensemble de ces contenus, au bénéfice de nos concitoyens internautes [ajoût 3 mars : ce portail peut le cas échéant être en streaming, i.e. sans téléchargement, pour éviter toute utilisation sur un autre site Internet]

 

Bref, avant d'aller dans le sens inverse à Radio-France, sur un coup de tête, ou un coup de cœur suite à une élection au CSA, réfléchissons à 1-4-8, avant de nous précipiter vers les écueils 2-3-5-6-7.

 

 

 

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Droits d'auteur
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Vendredi 20 décembre 2013 5 20 /12 /Déc /2013 14:44

Vous trouverez ici (site du Bulletin des bibliothèques de France) mon article susmentionné, p.6-11 de l'édition papier BBF 2013, n°6.


Rat-des-Villes.jpg

Illustration par Arthur Rackham (1867-1939) des fables d'Ésope (WikiCommons)

 

J'avais déjà écrit un article dans le BBF en 2010 : « BibNum, bibliothèque numérique d'histoire des sciences », 2010, n° 3, p. 50-53 (ici).

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Bibliothèque numérique
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