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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 14:23

Bis, le même jour. Avant de gommer mes traits dans la marge pour rendre l'autre livre du même auteur à la bibliothèque de quartier, une rapide critique diagonale, cf. la précédente. E. Sadin, L'Humanité augmentée. L'Administration numérique du monde, L'Echappée, 2013.

 
Les formules-fétiches. 
Une cognition artificielle supérieure (9) ― Une administration robotisée des existences s'institue progressivement (28) ― la vie robotiquement ajustée (69) ― une gouvernementalité algorithmique (160) [notion généralement attribuée dans le monde académique à Antoinette Rouvroy 2011, mais Sadin ne le fait pas ; ce n'est bien sûr pas obligatoire mais c'est une courtoisie pour une expression "qui a pris"]

Les néologismes.
> une odyssée hybride  anthropo-machinique [= l'homme et la machine] (29) ― [var. pour la même idée] couplage humano-machinique (32) ― l'émergence d'une ANTHROBOLOGIE, nouvelle condition humaine toujours secondée ou redoublée par des robots (30, et retour du néologisme 39, 67) ― le geekisme (112) ― la condition anthrobologique (173) [l'anthrobologie gagne haut la main le concours des néologismes dans cet ouvrage ; elle donnera son titre à mon billet, avec redoublement du BO]


Les italiques suggestives, ou pas.
(cette fois-ci sur des mots banals, non "lourds de sens", un peu à la post-situ)
> à flux tendus et au cas par cas [...] une connaissance profonde et étendue (23) 


La prétention.
Ce livre est la troisième scansion d'une trilogie (37 ; mais la trilogie a dépassé les trois ouvrages ; c'est même plus qu'une tétralogie à présent)


Le nawak.
> La matrice originelle de l'informatique entretient un lien furtif avec la Kabbale (44) [et en note de fin : "plus précisément avec la Gematria, partie de la Kabbale juive fondée sur l'interprétation arithmétique des mots de la Bible"].
> Les processeurs s'exposant comme des "être rationnels" non anthropomorphiques [...] robots immatériels faisant découvrir une HUMANITÉ PARALLÈLE (121, 125).


Les citations d'auteurs et de philosophes.
Elle sont terriblement nombreuses. Notre échantillon 151-153, en 3 pages, apparaissent les auteurs aussi divers que : Pic de La Mirandole ― Descartes ― Kant ― Nietzsche ― Freud ― Wittgenstein ― Marx. 


Bref, je ne suis pas sûr que l'humanité sorte augmentée de ce type d'ouvrages.

Pour une critique plus favorable, ou non :

  • # Libération, 9 juin 2013 (lien).
  • # Les Inrocks bien sûr, 30 mai 2013 (lien).
  • # Microsoft RSLN Regards sur le numérique, 9 janvier 2014 (lien).
  • # Notre collègue et ami Jean-Noël Lafargue, blog hyperbate, ici (et, plus caustique, )
  • # et ma critique du même jour de Sadin 2016, dans ce blog.
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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 10:06

Avant de rendre le livre à la bibliothèque de mon quartier, une rapide critique diagonale (ital.) d'un ouvrage que j'ai lu en diagonale ― je revendique cette possibilité des deux diagonales (lecture et recension) pour certains ouvrages. Il s'agit de La Silicolonisation du monde (L'Echappée, 2016), nouvelle livraison du philosophe (ital.) Eric Sadin, la cinquième depuis 2011 sur le sujet. J'ai chèrement acquis ma légitimité en lisant ainsi trois ouvrages très semblables de cet auteur (ainsi que nombre de ses tribunes de presse ou interviews).

 

Les formules toutes faites, formules de style, formules-choc.
[les italiques ou guillemets reproduisent le texte de l'ouvrage]
L'algorithmisation des sociétés (31) ― L'interprétation industrielle des conduites (69) ― La suggestion personnalisée de masse (70) ― Une administration robotisée des choses (71) ― l'accompagnement algorithmique de la vie (71) ― la duplication numérique du monde (72) ― l'avènement d'une « industrie de la vie » (74) ― la numérisation tendanciellement intégrale (79) ― les technologies de l'exponentiel et de l'intégral (87) ― celles-ci vont automatiser les conjonctions (92) ― les systèmes d'encadrement de l'action humaine (114) ― piloter le cours de la vie (114, var. 163) ― s'immiscer dans tous les champs de la vie (123) ― capitaliser sur les moindres actions de la vie (124) [on voit ainsi de 114 à 124 à peu près la même idée, développée en d'infinies variantes]

 

Les formules fétiches. Les néologismes. 
Le psyliconisme (= la psychopathologie de la Silicon Valley) (28). La Weltanschauung siliconienne (93,103, 105, 108, 119, j'en ai raté) ― les technologies de l'exponentiel (87, 92, 189). Je crois qu'on peut attribuer la palme à ces deux formules, archétypiques de l'ouvrage, qui pourraient presque le résumer à elles seules.

 

Les auteurs cités : baroques, ou pas. Les jeux de mots sur les titres d'autres auteurs.
Content de retrouver mon "cher" Teilhard (91). Le Dasein heideggerien (93). Au sens foucaldien (bien évidemment ; 112). Malaise dans la civilisation robotisée (Freud, 205 ; à rapprocher de "Critique de la raison numérique", in Sadin 2015). Pour un « choc de civilisations » (225 ; référence à Huntington ?). Bernanos (227). Ortega y Gasset (252).
Sadin se citant, aussi, et se mettant en scène : la copie plein texte dans l'ouvrage (pas en annexe) et intégrale (avec formules de politesse, etc.) de sa lettre de refus à Universcience, 252-254, ; voir à ce sujet Saint-Martin 2017, infra).
Et bien sûr, en conclusion (271), ce pauvre Orwell (décidément mis à toutes les sauces) et sa common decency.

 

Les italiques. Grande consommation d'italiques lourdes de sens, comme on l'a vu. A signaler en plus, l'italique ironique.
> affirme avec une bonne foi feinte l'ingénieur Yann LeCun (101 ; sur la vision caricaturale de l'ingénieur chez Sadin, voir Sadin 2011-2016 ; sur son mépris des "geeks" de l'Ecole42, p. 250, ce qu'il appelle le geekisme ; aussi ici)

 

Les applications futures.
J'ai déjà écrit (Commentaire, été 2016 « Pour une critique raisonnée (ital.) de la technique et d'internet » ― article que j'ai mis sur HAL-SHS) que les technocritiques type Sadin participent du technoprophétisme en citant eux aussi, sans recul aucun, des applications technologiques à venir.
> Le porte-biberon connecté BabyGigl (104) ― vos biberons ou maillots de bain connectés nous dégoûtent (236) ― les téléviseurs connectés (237 ; problème, là, puisqu'ils le sont depuis longtemps, TV câble, TNT, satellite) ― lentille (de vision) connectée (238 ; là, un jeu de mots involontaire de l'auteur : "les lentilles en développement dans les laboratoires siliconiens" ― lentilles... silicone... c'est bon, vous l'avez ?)


 

Les voeux incantatoires.
Souvent chez l'intellectuel cette volonté d'agir... Là ça se traduit par la brillante anaphore finale « nous refusons » (233-242).
> le refus simple et catégorique de ces protocoles de mesure de la vie que vous élaborez et que vous voulez nous faire acheter (ital. 235 ; on retrouve chez Stiegler cette velléité "d'aller voir Google pour leur dire non" ; on y reviendra).

 

Fin de cette critique thématique diagonale. On retrouvera d'autres critiques ci-après :

  • # Arnaud Saint-Martin, « Gold Flush : d’un prêt-à-penser la Silicon Valley », Zilsel, 2017/1, p. 371-389 (article académique très étayé dans une intéressante nouvelle revue, plein d'humour, mais à mon sens encore un peu gentil et pas assez diagonal pour ce "prêt-à-penser") (cairn)
  • # Xavier de La Porte, « Eric Sadin est-il le BHL de la révolution numérique ? » (bibliobs 9 décembre 2016) (voir la réaction d'E. Sadin à cet article, ici) [je revendique haut et fort par un tweet antérieur, du 30 octobre 2016, l'analogie en question]
  • # Une amusante pochade sur le blog de Jean-Noël Lafargue, ici.
  • # Un billet de Michel Guillou qui très précocement (nov. 2014) s'était étonné d'une tribune de Sadin dans Libé sur le numérique à l'école (en en comparant certains accents/excès au Gorafi).
  • # J'ai moi-même cité Sadin à titre d'exemple dans des articles plus construits, cf. Commentaire supra, ou un article "Les langages critiques de la science contemporaine et de l’Internet", in M. Wieviorka (dir.), Mensonges et Vérités, éd. Sciences Humaines, juin 2016 (lien) (suite à intervention aux Entretiens d'Auxerre, novembre 2015).
  • # Et le billet que j'ai fait ce même jour, dans la foulée avant de rendre les deux livres, d'un autre ouvrage de l'auteur (2013).

 

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 11:56
Déconnexion des quoi ?

Lecture rapide de La Déconnexion des élites. Comment Internet dérange l'ordre établi, Laure Belot (Les Arènes, Paris, 2015).

 

Je mets là des prises de notes volontairement très rapides sur cet ouvrage, sachant qu’on peut trouver une très bonne critique du concept chez J. Chibois (hypotheses.org), et un compte-rendu beaucoup plus linéaire et positif ici.

À partir de maintenant tout ce qui n’est pas entre crochets est la retranscription sans changement de propos du livre – [mes commentaires sont entre crochets, en violets]

Avant-Propos : L’accélération du monde.

François Taddei. Philippe Dewost [tiens c’est marrant les 2 premières personnes citées comme experts de la « terra numerica » sont un polytechnicien et un normalien – donc plutôt côté élites…]

 

1 – Cette France du Boncoin, créative et invisible.

2012 : du mal à trouver des anthropologues ou des chercheurs qui connaissent le site. Comment se fait-il que ce site si populaire soit inconnu d’une frange limitée, mais occupant le haut de la pyramide sociétale ? [#bof] Le consommateur ressent un vrai gâchis et a envie de donner une seconde vie aux biens [ça c’est une remarque pertinente]

[après une dizaine de pages on quitte déjà le sujet du Boncoin pour passer à d’autres sites, Airbnb, etc.] Philippe Lemoine, auteur d’un rapport gouvernemental sur le numérique et l’économie. Nicolas Colin, énarque atypique.

 

2 – Ces « Doers » qui bousculent l’école.

[ces doers m’ont tout l’air d’être des élites, non déconnectées] Léa Peersmann-Pujol, responsable de la chaire de la complexité Edgar-Morin à l’ESSEC. Ken Robinson, auteur et consultant, et sa conférence TED a succès « Comment les écoles tuent la créativité ».

 

3 – Ces banquiers qui se font doubler par la foule

[la foule ? définition ?] Charles Egly, pure illustration de l’élite française, diplômé d’HEC, crée pretdunion.fr [donc il semble faire partie d'une élite pas débordée, comme le polytechnicien et le normalien ci-dessus]
Les banques donnent étrangement l’impression d’avoir quelque peu perdu la main [#bof – rien n'est moins sûr… !]

 

4 – Cette mutation numérique qui n’est pas assez pensée.

Un espace mondial de socialisation numérique. Comment se fait-il que cette dimension numérique, vingt ans après l’arrivée du Web, soit si peu prise en compte par les sociologues ? [bis, et #bof] Pourquoi ai-je eu tant de mal à évoquer le sujet avec des spécialistes reconnus ? [ceci en dit plus sur la façon dont les journalistes travaillent que sur une prétendue « absence de prise en compte » - ou en tout cas sur une certaine barrière entre journalisme et travaux universitaires, colloques]

Le sociologue Dominique Cardon [tiens, donc il existe des sociologues qui étudient le numérique] défend sa corporation. À la suite de cette enquête, Cécile van de Velde (EHESS) va s’inscrire sur Twitter [Bienvenue Cécile ! #FF @cecile_vdv] [Cette sociologue EHESS est constamment citée par l’auteure, comme son double universitaire qui petit à petit marche sur ses pas, s’inscrit sur leboncoin, puis sur Twitter, devenant ainsi elle-même une « universitaire de type élite connectée », non « débordée par le numérique »]

Le sociologue français Pierre Lévy a préféré quitter la France pour créer une chaire à Ottawa après son livre prémonitoire et incompris de 1994 (L’Intelligence collective).

Le philosophe Bernard Stiegler membre du Conseil national du numérique, milite pour la reconnaissance d’une nouvelle discipline, les digital studies.

[conclusion de ce chapitre sur lequel je me suis un peu étendu] Comment le monde de la recherche, creuset de savoirs indépendants ô combien précieux dans une telle période charnière, va-t-il acquérir agilité et réactivité ?

Appendice. Quand des chercheurs se reconnectent en ligne à la société [nous soulignons]. Grâce à TheConversation.com, initiative de reconnexion numérique entre les scientifiques et la société.

 

5 – Ces jeunes qui obligent à repenser la démocratie. L. Belot rappelle son appel à témoignages de l’été 2013 sur le site lemonde.fr. Cécile Van de Velde. Pierre Mercklé indique qu’entre 2002 et 2008 les adolescents découvrent les autres en masse et le numérique devient une façon de se construire dans la société.

Ces signes sociétaux subtils déconcertent tout autant les politiques que certains politologues. Trois d’entre eux, chercheurs de renom [à nouveau] m’indiquent qu’Internet et les agissements [sic] des citoyens en ligne ne sont pas dans leur champ de vision pour étudier la société. Même surprise du patronat avec les « pigeons » en novembre 2012 [ça c’est possible].

 

6 – Ces jeunes poussent qui secouent les institutions françaises.

Retour sur Leboncoin. Les contreperformances et la lourdeur de Pôle Emploi.

 

7 – Ce big data qui nous échappe.

Le premier intellectuel de renom que je contacte me répond : « le big da quoi ? » [encore ? décidément, c’est une manie, et un leitmotiv de l’ouvrage. Ceci en dit plus… etc., voir ma note chapitre 4]. Quelqu’un me renvoie heureusement sur François Ewald, disciple de Michel Foucault. Laurent Maruani, responsable du département marketing d’HEC.

 

8 – ces élites 3.0 qui bousculent les anciennes.

Les prometteurs Global Shapers identifiés par le World Economic Forum de Davos [donc certaines élites connectées sont identifiées par d'autres élites plutôt non connectées].

Kairos : Bill Clinton et Bill Gates ont adoubé le mouvement [même remarque]

L. Maruani : «  Les élites appartiennent à une catégorie de gens qui se rendent service, font des petits arrangements entre amis » [certes, ce qu'on appelle les "renvois d'ascenseur, mais se rendre service n’est pas le privilège des supposées « élites », heureusement !]

Les king coders chez Google, Apple. Ce sont eux qui conçoivent les outils et permettent la productivité des développeurs.  Ce sont eux, véritablement, les nouvelles élites. [ah ça y est, les voilà donc ces nouvelles élites].

 

Au total, un livre pas inintéressant pour certains lecteurs (pour ma part, ces livres journalistiques très foisonnants et sans ligne directrice m'ennuient). Mais une grande légèreté sur la notion d'élites, et conséquemment une grande ambiguité, assez trompeuse, sur le titre lui-même. Un livre qui nous en dit plus sur une certaine barrière entre le monde des médias et celui de la recherche, que sur cette prétendue "déconnexion": et si la déconnexion, après tout, ce n'était pas celle de la presse par rapport 1) aux initiatives d'un certain nombre d'"élites", ou d'autres, 2) au monde d'une recherche vivante, qui bien évidemment suit et analyse ces sujets ?

J'entends néanmoins un point dans le méta-discours de l'auteure (ce qu'elle veut nous dire en filigrane, ou ce qu'on peut interpréter, assez indépendamment de la teneur du livre): notre recherche, ou plutôt sa vulgarisation, est peut-être trop focalisée sur certaines critiques d'Internet (avec des discussions qui peuvent parfois être idéologiques, comme sur le digital labor, le solutionnisme, etc.), pas assez sur les usages "positifs" d'internet (ex: Leboncoin, ou la diffusion numérique des savoirs). Peut-être : ce n'est pas certain. À discuter.

 

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 17:07

J'emprunte ce titre à Pierre Jourde pour dresser ma propre lsite de livres (contemporains) sans intérêt, pour moi en tout cas. Certains m'ont même irrité par leur vacuité. Tous commentaires sont bienvenus, approuvant ou désapprouvant.

  • Jean-Marie Laclavetine, Train de vies, Gallimard, 2003 (Folio n°4156, 2008).
  • Jean Echenoz, Ravel, Minuit, 2006 (voir commentaires 1* Amazon qui correspondent bien à ce que je pense)

 

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 17:35

Nous avons entrepris sur Twitter un feuilleton d'agacement de notre lecture d'E. Morozov, Pour tout résoudre, cliquez ici (FYP Éditions, 2014). Des lectures assez critiques de cet ouvrage ou de son ouvrage précédent existent déjà en français sur Internet (Cory Doctorow, traduit du Guardian, 25 janv. 2011, sur le site Framasoft, merci à @AdrienneCharmet du signalement ; voir aussi Sébastien Broca sur La Vie des Idées, 16 mai 2014, qui parle de « généralisation excessive » chez Morozov, merci à @hey_ghis du signalement).

 

Nous continuons la lecture de cet ouvrage de Morozov, nous en marquerons certains éléments positifs, mais souhaitons dès à présent étayer par des exemples notre avis globalement négatif – livre creux et long – discours facile). Prenons le sort fait à Wikipédia, p. 40-41, images à l'appui.

1Commente.jpg

« Wikipédia, le modèle favori des solutionnistes pour reconstruire le monde » : les solutionnistes, ce terme désigne pêle-mêle les transhumanistes, les GAFA (Google-Apple-Facebook-Amazon), les « geeks » (cités en permanence : qui sont-ils, en fait ?), les contributeurs de Wikipédia, les capitaux-risqueurs, la Silicon Valley, les divers "Partis Pirate", les analystes de la technologie,...

 

« Des livres aux titres comme Wikinomics ou WikiGovernement » : ce sont des livres américains que Morozov mentionne – sans donner leur auteur, sans référence. Surtout, le lecteur français (et sans doute le lecteur américain non spécialiste), ne connaît pas ces ouvrages : Morozov fait appel à leur titre comme un argument – sans que le lecteur puisse juger du contenu de ces ouvrages.

De même (image suivante), est cité un « expert en technologie », Kevin Kelly, que je ne connais pas : beaucoup de namedropping chez Morozov qui donne l'impression de régler des comptes – ce que je fais ici, je l'avoue, mais en réaction, et pas dans un ouvrage de 350 p. ; Morozov implique souvent son lecteur non dans un débat d'idées, mais dans une querelle de personnes, des « experts » qu'il critique et que son lecteur ne connaît pas.

Morozov-Commente.jpgPhrases 1. J'ai beau les relire je ne les comprends pas. Comme cela sent la traduction (très) lourde, je suis allé voir la version anglaise, page accessible sur Google Books. Je comprends un peu mieux, à peine : mais je trouve ces phrases très allusives, n'apportant rien à cet endroit. Comme je ne comprends pas la dernière phrase de la page, qui clôt ce qui est consacré (temporairement, j'espère !) à Wikipédia.

 

Passons sur les affreuses fautes d'orthographe – dues à la traductrice ou au (manque de) relecteur FYP Éditions. Je maintiens néanmoins que le style de la traduction est lourd et n'améliore pas la lisibilité de l'ouvrage.

ex. « Wikipedia se révèle être une bureaucratie gigantesque, et non le contraire » (?) traduit la phrase « Wikipedia, as it turns out, has a huge – and not small – bureaucracy », plus compréhensible en anglais !

 

2. Le cas du modèle WP:MOSMAC. Intéressant. Comme les auteurs qui sortent des maths en plein ouvrage et veulent en imposer ainsi. On trouve cet exemple dans un article de The Economist, supplément trimestriel Technologie, mars 2008 écrit par Morozov (mais pour savoir cela, il faut avoir la version anglaise ; la référence disparaît dans la version française).

Voici la page de consignes WP:MOSMAC incriminée. Au contraire de ce que dit Morozov (bureaucratie, couper les cheveux en 4), cette page essaie de définir soigneusement ce qui doit être appelé Macédoine. Sujet politique difficile, puisque la république de Macédoine (cap. Skopje), issue de l'ex-Yougoslavie, peut prêter à confusion avec une province de Grèce, la Macédoine. Wikipédia définit, pour ses contributeurs, quelques règles les plus raisonnables possibles pour le choix de l'appellation – critiquer cela comme de la « bureaucratie » est un discours facile, paresseux.

 

(plus loin) « conduit droit au désastre » : rien que ça ? Une phrase lourde de sens, mais sans explication, sans justification.

 

3. « La tâche d'une analyse technologique solide n'obéissant pas au webcentrisme est de rendre visible ce qui semble invisible ». C'est par cette phrase que Morozov se définit lui-même (« un solide analyste technologique »), par et en opposition au prétendu expert Kevin Kelly ; mais il donne l'impression d'être un « épiphanier », celui qui nous livre les vérités cachées, cachées par un complot des « solutionnistes » – comme s'il était lui le détenteur de la vérité vraie.

 

« On estime que depuis 2006, les discussions portant sur la politique éditoriale et de gestion de Wikipédia (sa bureaucratie en somme) représentaient [sic] au moins un quart de l'ensemble du site ». Faux. Dépend de quoi on parle. Bachelet & Moatti (Annales des Mines, 2012) estiment que c'est même l'inverse ! (« sur la Wikipédia francophone, les pages encyclopédiques représentent 1,23 millions de pages sur 5 millions ») Et quand bien même ? Que des contributeurs discutent entre eux (en pages de discussion), ou fixent des règles d'appellation (comme WP:MOSMAC), ce afin d'avoir les meilleures pages encyclopédiques possibles, qui cela gêne-t-il ?

 

4. « Wikipédia fonctionne en théorie pas en pratique ». Phrase banale (on peut dire cela de plein de choses). La phrase originale (dans l'édition anglaise) est heureusement la bonne : « Wikipedia fonctionne en pratique, pas en théorie » (la traductrice a-t-elle été trop zélée, ou étourdie, ou mauvaise ?). La phrase correcte est en effet amusante – ce n'est d'ailleurs pas Morozov qui l'a inventée (la citant dans un article récent, j'ai cherché une première occurrence, sans succès). C'est à présent presque un aphorisme.

Faisant cet exercice (à suivre), je m'aperçois qu'il est difficile de critiquer page à page un ouvrage. Mais je pense que c'est néanmoins utile : ces deux pages sur Wikipédia traduisent bien l'ensemble de l'ouvrage, ses approximations, ses manies (combat contre des « experts du numérique ») – que nous apporte vraiment Morozov ? 

 

Oui, je pense qu'il faut être vigilant sur une certaine omnipotence des GAFA. Qu'il faut être vigilant face au transhumanisme et à certaines formes d'utopie numérique. Mais ce ne sont pas la rhétorique facile ni les arguments de Morozov qui m'aident à réfléchir à cela.

 

(voir aussi notre billet septembre 2015 sur Morozov)

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Ce blog est créé à la rentrée scolaire 2006 pour suivre les sujets suivants:
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Alexandre Moatti
 
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