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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 11:56
Déconnexion des quoi ?

Lecture rapide de La Déconnexion des élites. Comment Internet dérange l'ordre établi, Laure Belot (Les Arènes, Paris, 2015).

 

Je mets là des prises de notes volontairement très rapides sur cet ouvrage, sachant qu’on peut trouver une très bonne critique du concept chez J. Chibois (hypotheses.org), et un compte-rendu beaucoup plus linéaire et positif ici.

À partir de maintenant tout ce qui n’est pas entre crochets est la retranscription sans changement de propos du livre – [mes commentaires sont entre crochets, en violets]

Avant-Propos : L’accélération du monde.

François Taddei. Philippe Dewost [tiens c’est marrant les 2 premières personnes citées comme experts de la « terra numerica » sont un polytechnicien et un normalien – donc plutôt côté élites…]

 

1 – Cette France du Boncoin, créative et invisible.

2012 : du mal à trouver des anthropologues ou des chercheurs qui connaissent le site. Comment se fait-il que ce site si populaire soit inconnu d’une frange limitée, mais occupant le haut de la pyramide sociétale ? [#bof] Le consommateur ressent un vrai gâchis et a envie de donner une seconde vie aux biens [ça c’est une remarque pertinente]

[après une dizaine de pages on quitte déjà le sujet du Boncoin pour passer à d’autres sites, Airbnb, etc.] Philippe Lemoine, auteur d’un rapport gouvernemental sur le numérique et l’économie. Nicolas Colin, énarque atypique.

 

2 – Ces « Doers » qui bousculent l’école.

[ces doers m’ont tout l’air d’être des élites, non déconnectées] Léa Peersmann-Pujol, responsable de la chaire de la complexité Edgar-Morin à l’ESSEC. Ken Robinson, auteur et consultant, et sa conférence TED a succès « Comment les écoles tuent la créativité ».

 

3 – Ces banquiers qui se font doubler par la foule

[la foule ? définition ?] Charles Egly, pure illustration de l’élite française, diplômé d’HEC, crée pretdunion.fr [donc il semble faire partie d'une élite pas débordée, comme le polytechnicien et le normalien ci-dessus]
Les banques donnent étrangement l’impression d’avoir quelque peu perdu la main [#bof – rien n'est moins sûr… !]

 

4 – Cette mutation numérique qui n’est pas assez pensée.

Un espace mondial de socialisation numérique. Comment se fait-il que cette dimension numérique, vingt ans après l’arrivée du Web, soit si peu prise en compte par les sociologues ? [bis, et #bof] Pourquoi ai-je eu tant de mal à évoquer le sujet avec des spécialistes reconnus ? [ceci en dit plus sur la façon dont les journalistes travaillent que sur une prétendue « absence de prise en compte » - ou en tout cas sur une certaine barrière entre journalisme et travaux universitaires, colloques]

Le sociologue Dominique Cardon [tiens, donc il existe des sociologues qui étudient le numérique] défend sa corporation. À la suite de cette enquête, Cécile van de Velde (EHESS) va s’inscrire sur Twitter [Bienvenue Cécile ! #FF @cecile_vdv] [Cette sociologue EHESS est constamment citée par l’auteure, comme son double universitaire qui petit à petit marche sur ses pas, s’inscrit sur leboncoin, puis sur Twitter, devenant ainsi elle-même une « universitaire de type élite connectée », non « débordée par le numérique »]

Le sociologue français Pierre Lévy a préféré quitter la France pour créer une chaire à Ottawa après son livre prémonitoire et incompris de 1994 (L’Intelligence collective).

Le philosophe Bernard Stiegler membre du Conseil national du numérique, milite pour la reconnaissance d’une nouvelle discipline, les digital studies.

[conclusion de ce chapitre sur lequel je me suis un peu étendu] Comment le monde de la recherche, creuset de savoirs indépendants ô combien précieux dans une telle période charnière, va-t-il acquérir agilité et réactivité ?

Appendice. Quand des chercheurs se reconnectent en ligne à la société [nous soulignons]. Grâce à TheConversation.com, initiative de reconnexion numérique entre les scientifiques et la société.

 

5 – Ces jeunes qui obligent à repenser la démocratie. L. Belot rappelle son appel à témoignages de l’été 2013 sur le site lemonde.fr. Cécile Van de Velde. Pierre Mercklé indique qu’entre 2002 et 2008 les adolescents découvrent les autres en masse et le numérique devient une façon de se construire dans la société.

Ces signes sociétaux subtils déconcertent tout autant les politiques que certains politologues. Trois d’entre eux, chercheurs de renom [à nouveau] m’indiquent qu’Internet et les agissements [sic] des citoyens en ligne ne sont pas dans leur champ de vision pour étudier la société. Même surprise du patronat avec les « pigeons » en novembre 2012 [ça c’est possible].

 

6 – Ces jeunes poussent qui secouent les institutions françaises.

Retour sur Leboncoin. Les contreperformances et la lourdeur de Pôle Emploi.

 

7 – Ce big data qui nous échappe.

Le premier intellectuel de renom que je contacte me répond : « le big da quoi ? » [encore ? décidément, c’est une manie, et un leitmotiv de l’ouvrage. Ceci en dit plus… etc., voir ma note chapitre 4]. Quelqu’un me renvoie heureusement sur François Ewald, disciple de Michel Foucault. Laurent Maruani, responsable du département marketing d’HEC.

 

8 – ces élites 3.0 qui bousculent les anciennes.

Les prometteurs Global Shapers identifiés par le World Economic Forum de Davos [donc certaines élites connectées sont identifiées par d'autres élites plutôt non connectées].

Kairos : Bill Clinton et Bill Gates ont adoubé le mouvement [même remarque]

L. Maruani : «  Les élites appartiennent à une catégorie de gens qui se rendent service, font des petits arrangements entre amis » [certes, ce qu'on appelle les "renvois d'ascenseur, mais se rendre service n’est pas le privilège des supposées « élites », heureusement !]

Les king coders chez Google, Apple. Ce sont eux qui conçoivent les outils et permettent la productivité des développeurs.  Ce sont eux, véritablement, les nouvelles élites. [ah ça y est, les voilà donc ces nouvelles élites].

 

Au total, un livre pas inintéressant pour certains lecteurs (pour ma part, ces livres journalistiques très foisonnants et sans ligne directrice m'ennuient). Mais une grande légèreté sur la notion d'élites, et conséquemment une grande ambiguité, assez trompeuse, sur le titre lui-même. Un livre qui nous en dit plus sur une certaine barrière entre le monde des médias et celui de la recherche, que sur cette prétendue "déconnexion": et si la déconnexion, après tout, ce n'était pas celle de la presse par rapport 1) aux initiatives d'un certain nombre d'"élites", ou d'autres, 2) au monde d'une recherche vivante, qui bien évidemment suit et analyse ces sujets ?

J'entends néanmoins un point dans le méta-discours de l'auteure (ce qu'elle veut nous dire en filigrane, ou ce qu'on peut interpréter, assez indépendamment de la teneur du livre): notre recherche, ou plutôt sa vulgarisation, est peut-être trop focalisée sur certaines critiques d'Internet (avec des discussions qui peuvent parfois être idéologiques, comme sur le digital labor, le solutionnisme, etc.), pas assez sur les usages "positifs" d'internet (ex: Leboncoin, ou la diffusion numérique des savoirs). Peut-être : ce n'est pas certain. À discuter.

 

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Ce blog est créé à la rentrée scolaire 2006 pour suivre les sujets suivants:
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