On n'a pas fini de s'extasier (#humour) devant les projets numériques financés par la taxe parapublique sur les appareils de reprographie, augmentée fin 2006 comme suite à l'agitation "Bibliothèque numérique européenne", et gérée par le CNL, organisme public. Elle est la cause de partenariats privé-public fort contestables, mélange des genres que j'ai déjà eu l'occasion de critiquer dans mon ouvrage Au Pays de Numérix (2015), dans un article BBF de novembre 2013 (affaire ProQuest notamment), ou sur ce blog (ici, là ou là, entre 2013 et 2016). On se lasse, mais on n'est jamais à court de surprises.
Je recherchais un ouvrage d'Adolphe Alphand (1817-1891), l'ingénieur des Ponts et Chaussées qui a dessiné sous les ordres d'Haussmann tous les jardins parisiens, ouvrage intitulé Les Promenades de Paris (1867). Cet ouvrage existe en accès libre dans Gallica, tant mieux, mais je tombe aussi sur un site hachettebnf.fr (oui, vous avez bien lu l'adresse), où le livre est en vente par Hachette à 26,60 € (ici).
Nous sommes là en présence d'une quasi supercherie, sur fonds publics ou parapublics :
1°) le nom de domaine s'appuie sur celui de la BnF – traduction de ce PPP incestueux, avec les logos communs, celui de la BnF sur un site à caractère commercial de vente en ligne.
Le patrimoine à portée de main... d'Hachette qui fait main basse dessus et le rentabilise (pour quelques poignées d'euros)
2°) le livre (en impression à la demande) est en vente 26 € alors que le même exemplaire (en version numérique) est gratuit sur Gallica (ici) [NB : le livre vendu par Hachette n'est pas une réédition sous forme de livre d'art, c'est bien l'édition de 1867, la même que sur Gallica].
On peut raisonnablement se faire piéger par ces impressions à la demande (qui ne disent même pas leur nom, le site ne disant pas ce qu'il fait précisément) de livres par ailleurs gratuits. Cela m'était arrivé, sur la plateforme Amazon, de m'être fait ainsi piéger en commandant à un éditeur peu scrupuleux, pour 14 €, un opuscule de 30 pages de Bergson que je pouvais trouver sur Internet (en pensant que c'était une version originale d'époque : c'était en fait une impression à la demande).
Mais là il ne s'agit pas d'Amazon et d'un éditeur peu scrupuleux. Il s'agit de Hachette et de la BnF via sa filiale BnF partenariats, censée récupérer quelques picaillons en vendant son âme à un partenariat privé-public dont l'intérêt (public comme... privé : combien de recettes ?) paraît loin d'être évident.